Daddy love - Joyce Carol Oates

Publié le 6 Juillet 2016

Daddy love - Joyce Carol Oates

Avec Daddy Love, Oates emmène son lecteur aux frontières de l'horreur. Une horreur qui commence dans le centre commercial où Robbie, cinq ans, l'enfant chéri des Whitcomb, est enlevé sous les yeux de sa mère. Le ravisseur, un technicien du kidnapping, collectionne les petits garçons dont il se débarrasse dès qu'ils atteignent onze ou douze ans. Devenu " Gideon ", Robbie va ainsi passer sept ans à " obéir " à Daddy Love afin de survivre aux traitements abominables que celui-ci lui fait subir. Mais qui est Daddy Love ? Un homme charmant du nom de Chet Cash. Pasteur itinérant de l'Eglise de l'espoir impérissable, dont les prêches subjuguent l'assistance, c'est aussi un citoyen actif et estimé du village de Kittatinny Falls, un artiste admiré faisant commerce d'objets en macramé (fabriqués par Gideon), un homme que les femmes trouvent irrésistible. Tandis qu'il continue allègrement " d'éduquer " ses proies. Et puis, soudain, le ciel ayant enfin, semble-t-il, décidé de se pencher sur cette affaire, Daddy Love est arrêté, Robbie retrouve sa famille. En apparence tout se passe bien... En apparence seulement, car pour nous faire vivre ce retour, Oates déploie de nouveau les raffinements d'une cruauté ravageuse que le lecteur ne manquera pas d'apprécier tout en se posant la question : Redevient-on un être normal après sept ans d'intimité avec un monstre ? Une intimité qui a par instants des résonances de complicité ?...

Alerte coup de coeur!!

Pour le roman ? Oui et pour la plume.

Une histoire de déjanté en libre circulation avec dans les bagages plans diaboliques, cruauté et manipulation. Un fou furieux dangereux à souhait comme on aime les croiser dans les romans les plus noirs. Une intrigue bien ficelée, des personnages sois-disant (oui soi-disant car le moindre coco a un rôle clé) secondaires attachants et particuliers, et un rythme de fou qui vous empêche de poser le bouquin.

Pour arriver à tout cela il faut une plume. Oui, et quelle plume! Face à Oates, j'ai envie de crier au génie. Ni plus ni moins. Quelle "délicatesse" dans le maniement des mots, une délicatesse sertie d'une dextérité hors norme pour fouiller en nous et remuer ce qui se cache là tout au fond de ce que nous sommes. Quelle subtilité dans le jeu de manipulation du lecteur. Ce Oates ne se lit pas, il se vit de l'intérieur. Ce qui m'a frappée lors des premières pages? Son art de jouer avec les répétitions, cette façon de choisir soigneusement les mots qui reviendront pour hanter le lecteur et faire naître en lui cette angoisse grandissante qui sera le fil conducteur de la lecture. Quel art, quelle plume, je me suis laissée embarquée la peur au ventre pour suivre cette histoire aussi abracadabrante que terrifiante de vérité. Enfin, je ne pourrais être complète si je ne vous parlais pas du travail des personnages. Pointus, voilà le premier qualificatif. Chacun a sa place, chacun a ses propres caractéristiques, chacun apporte sa pierre à l'histoire. Chacun est particulier et troublant de sincérité. Chacun au final a sa part d'épouvante pour servir à merveille ce récit glaçant.

Ressentir autant de choses en un récit c'est rare, rare et précieux. Lire un roman qui atteint ce niveau d'intensité et de suspens, encore plus. Vraiment je ne peux que m'incliner devant Madame Oates et attendre avec impatience le prochain (la bonne nouvelle pour moi étant quand même que je suis loin d'avoir tout lu de l'auteure).

Rédigé par Sophie

Repost 0
Commenter cet article