Réparer les vivants - Maylis de Kerangal

Publié le 13 Mars 2014

Réparer les vivants - Maylis de Kerangal

"Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement."

Il est très dur de chroniquer ce bouquin tant il marque les esprits.

"Réparer les vivants", ce sont des longues phrases au rythme saccadé et entretenu que l'on lit en apnée, à bout de souffle. Récit essentiellement basé sur la narration et la description, le bouquin arrive pourtant à nous faire vivre l'action mais aussi et surtout les émotions.

Plongée au coeur des soins intensifs, j'étais là pour tenir la main des parents de Simon, pour soutenir les soignants, j'ai senti mon coeur de mère se serrer, mais je l'ai également senti s'emballer lors de la procédure de dispatch des organes. Quel récit incroyable de véracité, quel saut en chute libre dans ce monde médical, entre coupé (comme pour nous laisser souffler) de tranches de vie des soignants juste pour nous rappeler que derrière les blouses blanches aux procédures strictes se cachent bel et bien des humains et des ressentis.

Ils m'ont touchée les parents de Simon. Placés face à eux-même et face à un choix difficile. Laisser leur fils partir et permettre à d'autres de vivre, de réparer des vivants à l'aide de "morceaux" de celui qui va cesser de vivre, "qu'il ne soit pas mort pour rien". Façon directe de nous placer, nous lecteur, face à la question du don d'organes. Et nous ? Que ferions-nous?

Façon directe également de nous rappeler que la vie ne tient qu'à un fil, tout peut s'arrêter tellement vite. Profitons, réparons-nous en tant que vivants en osant se donner le droit de souffler, de profiter, nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

Leçon de vie, de courage, de partage, ce roman est bien plus qu'un roman. C'est un récit qui est passé et qui m'a marquée. Récit d'un coeur passant d'un corps à un autre porté par des personnages si forts et si vulnérables à la fois, porté simplement pas des humains que nous pourrions croiser dans la rue. Véritable hymne à la vie sous toutes ses formes (la donner, la voire partir, la partager, ...), le roman remue ce qu'il y a de plus fort en nous en nous plaçant face à cette fiction qui n'en est pas vraiment une.

Formidable plume que celle de cette auteure. Elle n'écrit pas, elle nous plonge. Elle ne raconte pas, elle met face aux faits. Elle ne décrit pas, elle nous fait voir et entendre. Un superbe travail tout en justesse et en maîtrise qui nous porte là où de Kerangal veut nous emmener.

J'ai refermé ce bouquin en ayant une pensée pour de jeunes parents ... qui un jour on fait ce choix et qui ont tout mon respect...

Rédigé par sophie

Publié dans #litté dite blanche

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eimelle 13/03/2014 13:04

j'ai un peu peur de la dureté du sujet, mais je pense que je me laisserai tenter!

Julie 13/03/2014 10:02

Ouch, ça semble très fort ! Tous les commentaires sont dans ce sens ! En plus le sujet me parle, je crois bien que je vais me laisser tenter à sa sortie en poche ! :)
Merci pour ce bel article !

gruz 13/03/2014 05:55

C'est une très touchante chronique que tu nous proposes là, à l'image de ce bouquin, clairement.
J'ai ta façon de partager tes sentiments de lecture, merci !

sophie 13/03/2014 05:59

merci à toi pour ce commentaire qui me touche :)